INTERPELLATION CITOYENNE LOCALE

À l’attention de Monsieur Jean-Luc Gleyze
Président du Conseil départemental de la Gironde
Objet : Pour une politique départementale renforcée en faveur de la protection de
l’enfance, du soutien à la parentalité et de l’amélioration des parcours des enfants et des
familles
Monsieur le Président,
Madame Sandrine Nouaux citoyenne et l’Association Enfance et Sourire 33, représentée par
Madame Alonso Maïté, exercent aujourd’hui leur droit d’interpellation citoyenne afin d’alerter
le Conseil départemental sur une réalité qui appelle une mobilisation collective.

La protection de l’enfance est une responsabilité partagée, et engage l’ensemble des
institutions dans la garantie des droits de l’enfant.

Or, les constats dressés par les professionnels, les associations, les familles et les institutions
convergent : les besoins augmentent, les situations se complexifient et les dispositifs sont
soumis à une pression croissante.

Sur le terrain, cette évolution se traduit par des établissements et services de l’Aide sociale à
l’enfance confrontés à des difficultés importantes : pénurie de professionnels, recrutements de personnels non formés, difficultés de recrutement, turn-over élevé, absentéisme, augmentation de la complexité des situations, besoins croissants en santé mentale, violences intrafamiliales, addictions, troubles du comportement et saturation de certains dispositifs. Ces tensions affectent les conditions de travail des équipes et la continuité des accompagnements.

Les familles rencontrent également des difficultés importantes pour comprendre les
dispositifs, accéder aux aides, être accompagnées dans leurs démarches ou bénéficier d’une
réponse rapide lorsque la situation de leur enfant se dégrade. Les ruptures de parcours
demeurent trop nombreuses.

Nous souhaitons également attirer votre attention sur les travaux parlementaires et les
réflexions engagées autour de la situation des parents protecteurs, notamment des mères
protectrices. Ces travaux mettent en évidence la nécessité de renforcer l’écoute de la paroledes enfants, d’améliorer l’évaluation pluridisciplinaire des situations de violences
intrafamiliales, de mieux accompagner et protéger les parents qui signalent des situations
préoccupantes et de renforcer la coordination entre les acteurs sociaux, médicaux, éducatifs et judiciaires.

Notre démarche ne consiste pas à opposer les institutions aux familles, ni les professionnels
aux bénéficiaires. Elle vise au contraire à renforcer une politique publique essentielle, fondée
sur la prévention, la qualité des évaluations, la coopération entre partenaires et l’intérêt
supérieur de l’enfant.

À cet égard, nous considérons qu’il est nécessaire d’ouvrir une réflexion sur les conditions
dans lesquelles sont prises et suivies les mesures de protection. Si certaines familles
contestent des décisions de placement ou leur maintien, d’autres dénoncent au contraire des
interventions trop tardives. Ces situations, qui doivent être appréciées au cas par cas, montrent l’importance de garantir des évaluations rigoureuses, contradictoires lorsque le cadre juridique le permet, régulièrement réexaminées et toujours guidées par l’intérêt supérieur de l’enfant.

Face à ces constats, nous demandons au Conseil départemental de la Gironde de s’engager
autour des priorités suivantes :

  • Renforcer les moyens humains, financiers et organisationnels consacrés à la protection de l’enfance
  • Soutenir les établissements et services de l’ASE confrontés à une augmentation constante de la complexité des accompagnements
  • Améliorer l’attractivité des métiers de la protection de l’enfance afin de répondre durablement aux difficultés de recrutement
  • Soutenir les institutions de formation et les programmes d’enseignement à l’éducation spécialisée
  • Renforcer la prévention et développer une politique ambitieuse de soutien à la parentalité sur l’ensemble du territoire girondin
  • Améliorer la lisibilité des dispositifs et simplifier les parcours des familles afin d’éviter les ruptures d’accompagnement
  • Développer la formation des professionnels (éducatifs et judiciaires) sur les violences intrafamiliales, les violences sexuelles faites aux enfants, les situations d’emprise et la protection des parents protecteurs
  • Associer davantage les associations de terrain, les personnes concernées et les professionnels à la construction, au suivi et à l’évaluation des politiques départementales de protection de l’enfance.

Nous souhaitons également l’organisation d’États généraux girondins de la protection de
l’enfance et de la parentalité
, réunissant élus, institutions, associations, professionnels,chercheurs, familles et personnes accompagnées. Cette démarche permettrait d’élaborer une feuille de route départementale fondée sur des données objectives, les retours d’expérience du terrain et des engagements évaluables.

En conséquence, nous sollicitons l’inscription de cette interpellation citoyenne à l’ordre du
jour d’une prochaine séance de l’Assemblée départementale afin qu’un débat public puisse être organisé sur ces enjeux majeurs et que des réponses concrètes puissent être apportées.

Agir pour les enfants, c’est investir dans l’avenir de notre territoire. Renforcer la prévention,
soutenir les familles, accompagner les professionnels et garantir des parcours de protection
cohérents constituent un investissement humain, social et démocratique indispensable.

Nous restons pleinement disponibles pour participer à toute démarche de concertation
permettant de construire, avec le Département, des réponses adaptées aux besoins des enfants et des familles girondines.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

Association Enfance et Sourire 33
Et
Sandrine Nouaux citoyenne.

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